A TV Show or a One Screen Game: Un pervers sous le canapé

A TV Show or a One Screen Game: Un pervers sous le canapé
Feb
04

A TV Show or a One Screen Game: Un pervers sous le canapé

date de sortie: décembre 2014

Si1ver

A TV Show or a One Screen Game

 

 

La télévision, c’est un peu la honte du XXème siècle. J’aurais aimé que l’Histoire ignore cette tumeur malveillante, pour directement passer à Internet. Sans idolâtrer la toile (monstre informatif aux tendances vicieuses), nous pouvons sans trop hésiter affirmer sa supériorité sur un médium limité et abrutissant. TV Show -gagnant du hackaton Microsoft moscovite- s’amuse des aspects négatifs de la télévision pour inventer un concept étrangement mignon aux mécaniques simples mais cohérentes.

 

Nous sommes un téléviseur chargé de grouper une famille russe sur un canapé face à nous, joueurs divins. Nous triturons nos boutons, lançons des programmes divers, l’homme bricole, la femme est aux cuisines, le mari se passionne pour telle émission, son épouse pour telle autre. A nous de trouver la bonne combinaison, le bon ordre et de rapprocher la famille, unie par les liens sacrés du tube cathodique.

 

J’ai beau avoir des doutes sur la morale véhiculée par TV Show, je ne peux m’empêcher de défendre son processus ludique, malin et frais. Les apôtres du passé reprochent aux écrans de diviser, Si1ver s’en moque. A travers leur dispositif de jeu, la TV devient cet esprit bienveillant, altruiste, garant des valeurs familiales… Au premier abord, TV Show nous sourit, tout heureux qu’il est de nous encourager à plus de joie.

 

Mais quelque chose cloche au pays de ces joyeux russes. Comme énoncé plus haut, la réunion ne sert que de moyen, le but étant d’attirer le regard vers notre être. Plus que ces mièvreries familiales que l’ironie me pousse à énoncer avec beaucoup de distances, TV Show cache peut être, en sous texte, un humour jaune, une démonstration parfaite du narcissisme pervers du joueur. Trop propret, trop ordonné, l’organisation de cette famille soviétique dissimule quelque chose de louche.

 

In fine, le but du jeu nous révèle la vacuité de ces personnages russes, semblant ignorer les désordres du dehors (le jeu se déroule de 1976 à 2014), traversant l’implosion de l’union soviétique comme si de rien n’était. Dès lors, seul notre plaisir compte. La double pulsion scopique (l’observateur observé) couplée à l’impératif d’action (appuyons compulsivement sur tous ces boutons), bouffe l’écran pour ne garder que le joueur, cet enfant gâté et naïf, berné par un dispositif faussement utopiste, destiné à alimenter ses travers. TV Show tombe le déguisement, dévoile notre condition d’infernal onaniste en mal de TV Eye. Le bonheur n’existe pas, vive TV Show.

About antoine herren

Exocritique ayant voyagé de la galaxie musicale vers la galaxie cinématographique pour trouver le bonheur artistique. Explore actuellement la galaxie vidéoludique. A écrit pour Poinpoin, Gonzai, Il était une fois le cinéma, Ludologique.com, Indie-game.fr

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